Quels défis pour le Royaume d’Arabie Saoudite à l'horizon 2030 ?

Compte-rendu de la conférence du 27 février 2017.

 

La conférence a entendu un exposé de David Rigoulet-Roze. Il a été suivi par l’intervention de Madame Hoda Al-Helaissi, membre du Conseil de la Shura qui s’est exprimé dans un français remarquable.

La conférence était consacrée à la présentation du plan « Vision 2030 » détaillé, en avril 2016, par le vice-prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, considéré aujourd’hui comme l’homme clé des réformes au sein du Royaume en raison de son jeune âge (la trentaine) et de son audace dans la mise en œuvre des actions gouvernementales.

Le conférencier commence par rappeler le contexte général qui a motivé l’élaboration et la présentation de ce plan par le vice-prince héritier en personne. Il y voit deux raisons principales. La première est la compétition interne à la dynastie pour le leadership entre MBS (Mohammed Ben Salmane) d’un côté et MBN (Mohammed Ben Nayef) de l’autre, ce dernier étant le prince héritier. La deuxième raison est la chute du prix du pétrole et sa stagnation depuis plusieurs années, ce qui grève fortement les finances et les actions du Royaume, habitué à un train de vie fastueux et à l’afflux des pétrodollars. C’est donc un plan de réforme structurelle qui a été présenté afin de « sortir du pétrole » selon l’expression de MBS lui-même.

Le conférencier détaille ensuite les principaux volets de ce plan de réforme, lesquels peuvent être résumés ainsi :

Tout d’abord, la mesure phare de “Vision 2030” est sans doute la création du fonds souverain le plus richement doté au monde pour sortir l’économie du pays de la dépendance à l’or noir. Cela passe par la vente d’une partie (5 %) du géant national du pétrole Aramco, dont le conférencier rappelle l’histoire et l’importance dans l’économie du Royaume. Selon les analystes financiers, Aramco vaut en effet plus de 2000 milliards de dollars, soit quatre fois la valeur en Bourse d’Apple, actuellement la plus importante capitalisation boursière au monde. C’est essentiellement grâce à Aramco que l’Arabie saoudite a pu financer sa généreuse politique sociale durant des décennies, sans se soucier de l’après-pétrole.

Ensuite, l’Arabie saoudite entend par son plan « Vision 2030 » s’ouvrir aux capitaux étrangers et attirer les investisseurs. Cet objectif est clairement affiché dans le discours de présentation : « Les investissements doivent devenir la première source de revenus du gouvernement saoudien » (Discours de Mohammed ben Salmane). Pour cela, le gouvernement a annoncé une série de mesures de simplification administrative concernant les investisseurs non-saoudiens qui ont été décidées fin mars 2016.

Enfin, la troisième mesure phare du plan « Vision 2030 » est la révision de la politique sociale du Royaume avec la décision de coupes drastiques dans les aides et les subventions de toutes sortes (pétrole, gaz, électricité, eau, logement, santé, etc.). Cette baisse touche l’ensemble de la société et jusqu’aux membres influents du Conseil de la Shura, équivalent du parlement en Arabie saoudite. Ce sont là des décisions sans précédent qui présentent des risques importants de déstabilisation sociale comme le montrent les réactions en colère des internautes saoudiens sur les réseaux sociaux notamment face à l’augmentation de la facture d’électricité et d’eau.

A noter que l’Arabie saoudite est le pays le plus consommateur de réseaux sociaux au monde, avec une jeunesse hyper-connectée et très réactive, un paradoxe de plus au pays du conservatisme. Il faut aussi rappeler que la politique d’ouverture de feu le roi Abdallah (2005-2015) a permis d’envoyer à l’étranger plus de 200 000 étudiants et étudiantes qui sont revenus avec des idées nouvelles et des envies de modernité qui étaient inimaginables auparavant.

Pour expliquer cette volonté de réforme radicale dans le plan « Vision 2030 », le conférencier revient sur la cause principale qui l’a motivée. En effet, la baisse du prix du brut a entraîné en 2016 un déficit colossal de près de 100 milliards de dollars, et cela malgré une politique inédite d’austérité. La raison se trouve avant tout dans le contexte régional : non seulement, la région est instable à cause des guerres (Irak, Syrie, Yémen) mais en plus l’Arabie saoudite est engagée dans une lutte d’influence avec l’Iran depuis la normalisation de ses relations avec l’Occident qui se répercute également sur le plan économique par une production plus importante de pétrole et donc une tendance des prix à la baisse.

Cette rivalité entre les deux puissances régionales risque d’épuiser les deux pays et de limiter les résultats escomptés du plan « Vision 2030 ». Il faut y ajouter les résistances internes à l’Arabie saoudite elle-même où beaucoup de religieux ne voient pas d’un bon œil l’ouverture du pays aux étrangers et contestent l’intérêt des mesures. Même si l’annonce du plan a été précédée par une loi limitant les pouvoirs de la police religieuse (hay’a), il est à craindre que la population ne résiste pas longtemps à la cure d’austérité imposée par le gouvernement.

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